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The Foundation, par Joel Fleishman

Aux Etats-Unis, les organisations de la société civile constituent une force vitale pour soutenir et améliorer le bien commun. Bien que leurs actions passent souvent inaperçues, les grandes fondations jouent un rôle essentiel dans le financement et le développement de ces organisations. Fruit d’un vaste travail de recherche réalisé auprès d’une centaine de fondations privées parmi les plus anciennes et les plus prospères des Etats-Unis, l’ouvrage de Joël Fleishman « The Foundation, a great American secret » se penche sur les enjeux liés à leur responsabilité et promeut la construction de stratégies philanthropiques visant un fort impact social. De nombreuses questions liées à ce phénomène philanthropique sont soulevées au fil des chapitres: Pourquoi les personnes possédant une grande fortune créent-elles des fondations ? Comment ces fondations privées peuvent-elles participer à l’amélioration du bien commun ? Quelle est leur responsabilité vis-à-vis de la société ? Comment mesurer leur impact ? L’ouvrage est construit en trois parties : après avoir exposé le panorama des motivations et des stratégies guidant les grandes fondations américaines, l’auteur présente les clés d’une stratégie philanthropique à fort impact social réussie, à travers une riche étude de cas. Dans la dernière partie, différentes pistes d’amélioration de l’efficacité sociale des fondations sont suggérées.

Afin de soutenir le dynamisme de la société civile, les fondations peuvent assumer différents rôles selon Fleishman : celui d’ opérateur de terrain (driver) dans lequel elles définissent et mettent en place elles-mêmes la stratégie et les actions pour atteindre un objectif social, économique ou culturel, celui de partenaire (partner) dans lequel la stratégie est élaborée en coopération avec des organisations spécialisées, ou enfin celui de catalyseur (catalyst) où les fondations sélectionnent et financent des organisations de la société civile qui élaboreront leurs programmes de manière autonome (chapitre 1).

Bien que variées, les motivations des grands philanthropes se réfèrent souvent à la notion d’obligation morale de rendre (give back) à la société ce qu’elle leur a offert. Les obligations religieuses et les questions d’image font également partie des motivations fréquemment évoquées lors des entretiens menés par Fleishman. Souvent, ces philanthropes choisissent de créer une fondation parce qu’ils pressentent le besoin d’une structure pour savoir à qui et comment donner, et lorsqu'ils souhaitent éviter de donner l’intégralité de leur fortune à leurs enfants. Les avantages fiscaux ne constituent qu’une motivation secondaire à la création d’une fondation. De manière générale, les fondations sont avant tout perçues comme des vecteurs de changement social à grande échelle, s’inscrivant sur le long terme (chapitre 3).


Si l’auteur distingue deux grands types de philanthropie – une philanthropie expressive dérivée des valeurs et passions du donateur et une philanthropie instrumentale visant à apporter une solution à un problème identifié – il affirme que les grandes fondations doivent établir une stratégie éthique et efficace (chapitre 2). Elles doivent ainsi s’efforcer ainsi de mesurer et d’améliorer leur impact social, et ce pour multiples raisons. Au vu des larges sommes d’argent qu’elles distribuent, de leur indépendance et des avantages fiscaux dont elles bénéficient, les fondations développent une dette envers la société et se doivent d’être socialement responsables dans l’utilisation de leurs ressources (chapitre 4).


La première étape essentielle à la mise en place d’une stratégie à fort impact est la définition d’un champ d’action suffisamment restreint dans lequel le philanthrope souhaite intervenir (chapitre 5). Ensuite, il convient de choisir une approche stratégique parmi les suivantes : créer et disséminer du savoir, développer du capital humain, s’engager dans des actions de plaidoyer, faire évoluer les mentalités des citoyens, ou encore faire changer la loi. Cette approche globale sera ensuite déclinée en un large répertoire d’actions (chapitre 6).


Afin de bien comprendre les facteurs de succès d’une stratégie à fort impact social, l’auteur nous propose une analyse détaillée des actions de fondations jugées exemplaires (chapitres 7 et 8), avant de suggérer des pistes pour améliorer l’efficacité sociale des fondations et prévenir leurs échecs. 
Tout d’abord, selon Fleishman, les fondations devraient assumer davantage leur responsabilité face à la société en faisant preuve de plus de transparence (chapitre 9). Ensuite, elles sont invitées à élaborer une stratégie harmonieuse et ciblée, basée sur des méthodes consistant à résoudre des problèmes (problem-solving approach) (chapitre 10). Le management de la fondation est un élément clé dans l’efficacité de telles stratégies (chapitre 11).

A tous les niveaux de décision et d’exécution, les objectifs stratégiques de court et long termes doivent être cohérents et partagés (chapitre 13), afin d’éviter les risques les plus courants d’échec. Selon Fleishman, les principaux facteurs d’échecs des fondations sont les suivants : une défaillance dans la définition de la stratégie ou dans sa mise en place, une incompatibilité entre la définition du problème et les solutions proposées, un plan d’action irréaliste, l’inefficacité des ONG partenaires, des problèmes de collaboration entre les différentes parties prenantes, l’absence d’acteurs indispensables dans les discussions stratégiques, des imprécisions dans la définition des objectifs à atteindre, un manque de clarté dans la direction des opérations, une recherche de solutions aux problèmes imprécise et, enfin, une évaluation erronée des conséquences du plan d’actions retenu (chapitre 12).

Si l’on soutient l’idée que le changement social s’obtient à long terme, il est essentiel selon l’auteur que le principe de perpétuité régissant la création de fondations soit maintenu (chapitre 14). Le soutien de l’Etat aux fondations sous forme d’encouragement fiscal lui semble également fondamental, bien qu’il s’oppose fermement à la régulation de leurs actions : elles doivent rester libres et indépendantes (chapitre 15).


L’ouvrage de Joel Fleishman s’inscrit dans les enjeux politiques et sociaux actuels des Etats-Unis. Il offre une analyse fine de l’environnement dans lequel évoluent les grandes fondations privées et des enjeux auxquels elles font face. La richesse des données empiriques nous permet de décrypter les actions de plusieurs fondations (comme le rapport Flexner sur l’éducation médicale financé par la Fondation Carnegie en 1906, ou encore le programme de démocratisation Open Society Institute financé par George Soros dans les années 1960) ayant réussi le pari d’améliorer leur impact social. Cette étude étant fortement ancrée dans le contexte américain, on peut se demander si les recommandations proposées par l’auteur font sens dans d’autres pays. D'autre part, l’auteur adopte un ton partisan, apparaissant comme un fervent défenseur des droits de propriété individuelle et d’une liberté basée sur ces droits. Cette vision ne laisse que peu de place à l’analyse critique et exclu l’Etat et les groupements citoyens des discussions relatives à la gestion du bien commun.

Par Carine Farias

Fleishman, J. L. (2009). The Foundation, a great American secret: How private wealth is changing the world. New York: PublicAffairs