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Le Mécénat, par François Debiesse

En à peine 128 pages, les précieux petits livres de la collection « Que sais-je ? » permettent de connaître l’essentiel d’un sujet, dans un style accessible et synthétique. Le Mécénat de François Debiesse, paru en 2007 et utile successeur d’un premier ouvrage datant de 1986, ne fait pas exception.

Pourtant, le sujet n’est pas si facile à définir, comme le remarque l’auteur dans son introduction. S’il choisit le terme de mécénat plutôt que celui de philanthropie, c’est d’abord pour des raisons historique et culturelle. En effet, « le soutien matériel apporté, sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire, à une œuvre ou à une personne pour l’exercice d’activités d’intérêt général » (c’est la définition du mécénat dans la loi française) remonte à l’Antiquité et à la figure tutélaire de Caius Maecenus, qui a donné son nom à la protection des arts et des lettres. C’est d’ailleurs un très utile rappel historique que constitue le premier chapitre du livre. Aujourd’hui, le mot « mécénat » a gardé cette forte connotation artistique, bien que les mécènes contemporains soutiennent des domaines aussi variés que l’éducation, la pauvreté, la santé, l’environnement ou le sport.

Par ailleurs, le terme évoque davantage l’action des entreprises que celle des individus, pour lesquels le mot « philanthropie » est plus souvent associé. Même si François Debiesse traite des deux aspects dans son livre, c’est tout de même le mécénat d’entreprise qui fait l’objet d’une attention particulière. Déformation professionnelle possible, puisque l’auteur est lui-même (ancien) président de la Fondation BNP Paribas et aujourd'hui président exécutif d’Admical, la principale organisation promouvant le mécénat des entreprises en France. Ainsi est faite notre belle langue française ! Nos amis anglophones ont moins de souci puisqu’ils utilisent le seul terme de « philanthropy », là où nous avons deux prétendants.

Au terme d’un deuxième chapitre qui passe en revue les mécènes d’aujourd’hui, Debiesse change de perspective puisqu’il s’intéresse ensuite aux causes et aux bénéficiaires du mécénat (chapitre III), puis aux différentes façons dont les mécènes peuvent les soutenir (chapitre IV). L’ouvrage prend alors une tournure moins conceptuelle et plus pratique, passant en revue l’arsenal juridique et fiscal aussi incitatif que compliqué du droit français, avant de donner quelques éléments de comparaison internationale (chapitres V et VI). Avant de conclure, l’auteur nous livre un dernier chapitre intéressant qui aborde de front deux sujets nouveaux qui divisent les acteurs du mécénat d’entreprise : peut-on évaluer l’utilité ou l’impact du mécénat, et si oui comment ? Quelle place doit occuper le mécénat par rapport au développement durable (chapitre VII) ?

Le grand mérite de ce « Que sais-je ? » est d’aborder quasiment tous les aspects du mécénat (sémantique, historique, politique, juridique, stratégique…) avec rigueur et concision, dans un style très facile à lire. Le lecteur y trouvera les principaux repères utiles à connaître pour découvrir ce sujet multiforme et passionnant. Si l’auteur est un fervent défenseur du mécénat, il n’oublie pas d’en souligner les limites et reste très prudent quant au rôle qu’il doit jouer aux côtés – et non à la place – de nos Etat-providence en crise budgétaire et de légitimité.

Bien que l’ouvrage soit centré sur le mécénat d’entreprise, il ne fait qu’effleurer certaines questions « qui fâchent » et qui alimentent la critique du capitalisme contemporain : la grande entreprise utilise-t-elle le mécénat pour légitimer ses pouvoirs et privilèges (octroyés d’ailleurs par l’Etat) ? Les dirigeants et entrepreneurs à succès ont-ils pris la place des rois et des papes, grands mécènes d’autrefois ? Si le mécénat complète assurément l’action de l’Etat, n’accélère-t-il pas mécaniquement son affaiblissement, ne serait-ce que par le système d’incitations fiscales qui permet aux entreprises et aux contribuables de « flécher leur impôt » vers les causes de leur choix ? Comment compenser le bon vouloir de puissants mécènes et leur opposer des contre-pouvoirs, sans régresser vers des formes despotiques et liberticides de gouvernement ?

Si le livre ne s’aventure pas sur ces terrains polémiques, il n’en demeure pas moins une lecture indispensable pour quiconque s’intéresse au mécénat et à la philanthropie et veut en comprendre simplement les principaux enjeux.

par Arthur Gautier


Debiesse, François (2007), Le Mécénat, Paris, Presses Universitaires de France.