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Définitions

Qu'est-ce que la philanthropie ?

Du grec ancien phílos (
φίλος), qui aime, et ánthrôpos (ἄνθρωπος), homme ou genre humain, littéralement « amour de l'humanité »le mot philanthropie est apparu dans la langue française au XVIIIe siècle pour désigner « une vertu douce, patiente et désintéressée » (Fénelon, Dialogue des Morts, 1712). Est philanthrope « celui qui, par disposition et bonté naturelle, est porté à aimer tous les hommes » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762). Cette disposition n'est pas seulement une idée abstraite : elle se traduit en actes concrets. Est philanthrope « celui qui s’occupe activement des moyens d’améliorer la condition de ses semblables » (Bescherelle, 1861), que ces moyens soient financiers, matériels, humains... 

Un peu d'histoire

En France, au siècle des Lumières, le mot philanthropie n'est pas seul pour désigner cette vertu sociale qui pousse les hommes à venir en aide aux autres : on parle d'humanité, de sociabilité, de bienfaisance... Mais aussi et surtout de charité. Or, dans la théologie chrétienne, la charité est une vertu suprême qui désigne à la fois l'amour de Dieu et du prochain (comme créature de Dieu) et tout acte de bienfaisance effectué librement envers son prochain. Les philosophes et encyclopédistes du XVIIIe siècle lui opposent alors une philanthropie laïque, « en faisant de l'amour des hommes, non plus un effet de la grâce divine, mais une inclination de la nature » (Catherine Duprat, Le Temps des Philanthropes, 1991).

Les philanthropes reprochent à la charité chrétienne traditionnelle, qui depuis le Moyen-Âge gère hospices, hôpitaux et orphelinats (la plus ancienne fondation encore en activité ? Les Hospices de Beaune, fondés en 1452), de soulager les souffrances des hommes sans s'attaquer à leurs causes. D'où l'approche « scientifique » de nombreuses expériences philanthropiques : il s'agit de changer les comportements, encourager l'épargne, bâtir des logements modernes et bon marché... 

C'est dans la première moitié du XIXe siècle que la philanthropie connaît son âge d'or. Chrétiens, athées ou juifs, industriels, marchands, scientifiques, militaires ou même hommes politiques, les philanthropes financent avec
leurs propres deniers des projets innovants et ambitieux pour remédier à la pauvreté, à la maladie, à l'errance. Par le biais de sociétés philanthropiques ou de fondations, ils devancent ce que l'Etat prendra en charge au XXe siècle sous forme de services publics, financés par le biais de l'impôt. 

Critiquée à la fin du XIXe siècle avec la montée du socialisme et des mouvements ouvriers, la philanthropie en France connaît une longue période de reflux correspondant à l'essor de l'Etat-Providence. La crise de celui-ci et l'apparition de nouveaux problèmes sociaux, demandant des moyens croissants et des solutions innovantes, ont coïncidé avec un renouveau de la philanthropie depuis la fin des années 1970 (création de la Fondation de France en 1969 et d'ADMICAL en 1979).

La philanthropie aujourd'hui

A notre époque, le mot philanthropie renvoie à « des initiatives privées pour le bien public ». La philanthropie se distingue en cela de l’entreprise privée et des pouvoirs publics, puisqu'elle œuvre en faveur de l’intérêt général par l’action volontaire de personnes (physiques ou morales) privées. Le sens courant du mot s'est quelque peu rétréci pour se focaliser sur les dons financiers, qui servent à soutenir des projets dans de nombreux domaines : lutte contre la pauvreté, éducation, santé, recherche scientifique, environnement, arts et culture... La philanthropie se résume bien souvent à donner de l'argent à des organismes d'intérêt général (associations, fondations, établissements publics et tout autre organisation éligible), mais n'oublions pas les dons en nature et en temps (bénévolat), qui jouent aussi un rôle très important, et le fait que de nombreux philanthropes mettent en oeuvre leurs propres projets. La philanthropie, c'est donc l'ensemble des dons librement consentis par des acteurs privés en vue de servir l'intérêt général.

Qui peut être philanthrope ? Dans l'imaginaire collectif, le terme renvoie surtout aux milliardaires américains (Bill Gates, Warren Buffett), héritiers de la première génération de puissants industriels philanthropes (Carnegie, Rockefeller, Ford). Mais il y a une tradition philanthropique dans la plupart des régions du monde, et ce ne sont pas seulement les très riches qui donnent. Au sens élargi, le terme de philanthropie regroupe ainsi l'ensemble des dons privés, qu'ils soient le fait de riches donateurs, qui créent souvent leur propre fondation pour distribuer des fonds, ou des 
« petits donateurs »  dont les innombrables dons font vivre la plupart des grandes ONG et associations. Et les entreprises ? Elles font bien sûr partie de cet ensemble de financements privés pour l'intérêt général. Mais si les Anglo-Saxons parlent de corporate philanthropy, en France c'est le terme de mécénat d'entreprise, promu par Jacques Rigaud dans les années 1980, qui s'est imposé. 

Mécénat et philanthropie sont-ils des synonymes ? Dans la langue française, le terme mécénat est « la protection accordée aux lettres, aux arts et aux sciences en qualité de mécène » (Larousse). L'étymologie renvoie à Caius Maecenas (69 av. J.-C., 8 av. J.-C.), conseiller de l’empereur Auguste, homme raffiné qui a consacré sa fortune (héritée) à soutenir les poètes. Le mot mécène désigne par extension « homme riche ou puissant qui encourage les sciences, les lettres et les arts ». Sa signification a donc évolué car aujourd'hui, on parle de mécénat pour désigner les dons des entreprises et moins ceux des particuliers, dans des domaines plus variés que les lettres, les arts ou les sciences.